Roulette russe est souvent présenté comme un simple point de départ. C’est une erreur. Cet album n’est pas un brouillon, mais un disque instable, traversé par des tensions non résolues. Bashung y cherche encore sa place, mais cette recherche elle-même constitue déjà une esthétique.
Contexte de sortie
À la fin des années 1970, la chanson française est fortement codifiée. Le rock en français peine à trouver sa légitimité. Bashung arrive sans image claire, sans personnage identifié. Roulette russe naît dans cet entre-deux : ni variété, ni rock pur, ni chanson littéraire assumée. Le disque ne bénéficie pas d’un contexte favorable. Il passe relativement inaperçu à sa sortie.
Une identité musicale fragmentée
Influences visibles
On entend :
- du rock anglo-saxon
- des structures classiques de chanson
- une énergie parfois brute, parfois contrainte
Mais rien n’est encore synthétisé. Les morceaux ne convergent pas vers une couleur dominante. L’album fonctionne par juxtapositions.
Une production sans ligne directrice
La production reflète cette hésitation. Certains titres sont tendus, d’autres plus sages. Il n’y a pas encore de “son Bashung”.
Écriture : entre ironie et distance
Les textes oscillent entre :
- second degré
- provocation légère
- observation détachée
Bashung écrit, mais il ne s’expose pas encore. La langue est plus frontale que dans ses œuvres futures, moins elliptique, parfois démonstrative.
Ce qui frappe, rétrospectivement, c’est la retenue émotionnelle : rien n’est totalement assumé, ni totalement rejeté.
Réception et place dans l’œuvre
À sa sortie, Roulette russe ne rencontre pas son public.
Avec le recul, il apparaît comme un album de construction, essentiel pour comprendre la suite.
Il fixe une chose capitale : Bashung ne sera jamais un chanteur de confort. Roulette russe n’est pas un disque à redécouvrir pour ses chansons isolées, mais pour ce qu’il révèle : un artiste déjà rétif aux cadres, déjà incapable de se contenter d’une formule.









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